Cas cliniques Essaim Freudien

Cas cliniques

Clinique lacanienne – Chapitre XXXIV – Névrose de transfert, névrose de caractère

Clinique lacanienne – Chapitre XXXIV – Névrose de transfert, névrose de caractère

« Je suis comme ça. » Il fut un temps où cette phrase ressemblait à un aveu ; elle tient aujourd’hui presque lieu de manifeste. Colère, brutalité, suffisance : ce que la civilisation demandait autrefois de refouler ou de sublimer devient caractère, style, identité. Mais à mesure que chacun revendique sa singularité, une autre passion prospère : mesurer, classer, distinguer la bonne pièce de la mauvaise. De Socrate à Freud, de l’Œdipe à la phobie, de Judas aux douze pièces de Lacan, une même question traverse la scène : que devient une société lorsqu’elle exige à la fois que chacun soit absolument lui-même et qu’aucun ne sorte de la mesure ? Au bout du compte, il reste une balance. Et quelqu’un qu’il faudra bien désigner comme la mauvaise pièce.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXXIII – Les histoires d’amour finissent mal en général

Clinique lacanienne – Chapitre XXXIII – Les histoires d’amour finissent mal en général

On n’apprend pas à aimer. On tombe amoureux.
Le théâtre, les romans et le cinéma nous ont plutôt appris à reconnaître les signes du désir. Alors, quand le désir s’éteint, l’obsessionnel croit que l’amour est mort ; l’hystérique, elle, rallume la scène pour vérifier qu’il existe encore.
Mais l’amour ne se confond pas avec ses effets spéciaux.
Pourquoi un chagrin d’amour peut-il survivre si longtemps à celui ou celle que l’on a perdu ?
Parce que l’autre ne part jamais seul.
Il emporte avec lui celui que nous étions dans son désir.
Les histoires d’amour finissent mal en général.
Peut-être surtout parce qu’elles ne finissent jamais tout à fait.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXXII – Un remède à la connerie ?

Clinique lacanienne – Chapitre XXXII – Un remède à la connerie ?

On nous promet que l’intelligence artificielle nous rendra moins cons.
Mauvaise nouvelle : la connerie n’est pas un déficit d’intelligence.
L’homme peut savoir beaucoup, comprendre presque tout, et continuer avec une remarquable application à faire exactement ce qui le fait souffrir. L’obsessionnel en fait même une spécialité : penser, calculer, vérifier, expliquer — surtout pour ne jamais être le con de l’histoire.
Et si cette insulte nous atteignait si profondément parce que le con, avant de désigner l’imbécile, désignait le sexe féminin : le trou ?
Alors tout s’éclaire autrement.
L’homme passe sa vie à vouloir boucher ce qui lui manque. Freud savait qu’une analyse d’obsessionnel devait aller loin. Lacan y remit la coupure.
Non pour rendre l’homme plus intelligent.
Pour qu’il puisse enfin supporter de ne pas tout savoir.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXXI – Déchariter

Clinique lacanienne – Chapitre XXXI – Déchariter

Pourquoi cherchons-nous toujours quelqu’un pour nous sauver ?
Le prêtre, le médecin, l’amant, le thérapeute — et bientôt l’analyste. Car la charité ne donne jamais seulement : elle distribue les places. D’un côté, celui qui manque. De l’autre, celui qui sait ce qui lui manque et prétend vouloir son bien.
C’est là que le danger commence.
Lacan invente alors un verbe étrange : déchariter. L’analyste n’est pas celui qui sauve. Il est celui qui doit consentir à tomber de la place du sauveur.
Freud a tué le Père. Lacan a destitué le Fils.
Reste peut-être le plus difficile : tuer le Saint-Esprit — cette croyance qu’un Autre, quelque part, saurait enfin ce que nous devons désirer.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXX – Le fabrique des prophètes

Clinique lacanienne – Chapitre XXX – Le fabrique des prophètes

Dieu n’a peut-être jamais eu besoin de bouche. Les hommes, eux, ont toujours eu besoin de quelqu’un pour ponctuer son silence.
Moïse reçoit la Loi, Jésus en déplace la lettre, puis leurs disciples transforment après coup une parole en destin. Car une voix ne suffit pas à faire un prophète : il faut qu’une communauté décide qu’à travers la bouche d’un homme, c’est l’Autre qui vient de parler.
Dieu est la structure. Le prophète en devient la ponctuation.
Ainsi se fabriquent les révélations — et ceux qui parleront désormais pour tous.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXIX – Dieu est devenu grammaire

Clinique lacanienne – Chapitre XXIX – Dieu est devenu grammaire

Nous pensions avoir tué Dieu. Nous lui avons seulement retiré son visage.
Newton, Copernic, Darwin et Freud avaient déjà dépouillé l’homme de ses privilèges. Lacan lui inflige une dernière blessure : il ne possède même pas les mots qu’il prononce. La langue parle avant lui ; le sens n’arrive qu’après. Chaque fois qu’il dit « je », le sujet est déjà en retard sur sa propre parole.
Dieu ne commande plus du haut du ciel.
Sa loi surgit désormais de notre bouche.
Dieu est devenu grammaire.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXVIII – Les faux amis

Clinique lacanienne – Chapitre XXVIII – Les faux amis

Et si les mots étaient nos premières drogues ?
Nous les croyons familiers, innocents, fidèles. Pourtant, certains mots nous égarent précisément parce que nous pensons les connaître. Drogue, médicament, amour, soin, vérité, transfert : chacun promet un sens qu’il ne peut tenir.
Freud chercha un temps dans la cocaïne un remède à l’inhibition ; Lacan montra que le signifiant ne rejoint jamais tout à fait ce qu’il prétend nommer. Mais la plus redoutable des tromperies demeure peut-être celle du transfert. Car celui qui risque le plus de s’y perdre n’est pas toujours le patient : c’est le praticien, lorsqu’il se croit savant, guérisseur ou indispensable.
On ne devrait jamais toucher à la souffrance d’un autre sans avoir d’abord traversé sa propre analyse. Car les mots mentent parfois ; la manière dont un sujet s’y laisse prendre, elle, ne ment jamais

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Clinique lacanienne – Chapitre XXVII – La société des maîtres

Clinique lacanienne – Chapitre XXVII – La société des maîtres

Nous croyons avoir congédié les maîtres. Nous n’avons fait que leur offrir de nouveaux visages. Ils ne parlent plus depuis les trônes, les chaires ou les autels ; ils parlent depuis le savoir, la méthode, l’expertise, la compétence. Ils ne disent plus : « Obéissez-moi. » Ils disent, plus simplement, plus dangereusement : « Je sais. »
Ce chapitre interroge ce paradoxe contemporain : une époque qui se prétend horizontale, libérée des grandes figures d’autorité, mais qui ne cesse de produire des maîtres partout où un sujet s’identifie à son titre. Professeur, expert, thérapeute, analyste même parfois : le maître moderne n’impose plus seulement son pouvoir, il se confond avec la place depuis laquelle il parle.
À partir de Freud, de Lacan et du discours du maître, ce texte rappelle que la psychanalyse ne peut rester vivante qu’à une condition : ne jamais laisser le savoir devenir une demeure, une identité, une morgue. Là où le maître habite son savoir, l’analyste accepte qu’il lui échappe. Peut-être est-ce pourquoi la psychanalyse doit toujours conserver quelque chose d’un sourire : cette légère distance entre le sujet et le nom qui prétend le définir.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXVI – Topologie du nom propre

Clinique lacanienne – Chapitre XXVI – Topologie du nom propre

On croit porter son nom. C’est souvent lui qui nous porte — ou nous écrase. Le nom propre paraît désigner un sujet ; en réalité, il l’inscrit dans une chaîne qui le précède, le dépasse et parfois le condamne. Dans Monsieur Klein, il suffit d’un nom pour qu’un homme bascule dans le discours persécuteur de l’Autre. C’est là toute la violence du signifiant : il n’a pas besoin d’être vrai pour produire ses effets. La psychanalyse commence précisément au point où le sujet découvre qu’il ne suffit pas de dire « ce n’est pas moi » pour sortir de ce qui le représente. Elle ne libère pas du langage ; elle poinçonne la chaîne, y introduit des trous, et permet peut-être au sujet de ne plus mourir sous le poids de son nom.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXV – D’un écran à l’autre

Clinique lacanienne – Chapitre XXV – D’un écran à l’autre

Nous croyons vivre sous l’empire des écrans. Et si c’était exactement l’inverse ? Et si notre époque souffrait moins d’un excès d’écrans que de leur disparition comme voiles, comme récits, comme surfaces de rêve capables de tenir le réel à distance ? Freud l’avait compris avec les souvenirs-écrans : certaines images ne mentent pas, elles protègent. Elles recouvrent le trauma pour que le sujet ne soit pas brûlé par ce qu’il a rencontré. Du livre au cinéma, du théâtre aux réseaux sociaux, la question n’est donc pas de savoir s’il faut condamner les écrans, mais s’ils nous permettent encore de rêver le réel — ou s’ils nous le jettent désormais au visage.

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“Voilà la grande erreur de toujours : s’imaginer que les êtres pensent ce qu’ils disent”

Jacques Lacan