Cas cliniques Essaim Freudien

Cas cliniques

Clinique lacanienne – Chapitre XLII — Le fou du roi

Clinique lacanienne – Chapitre XLII — Le fou du roi

Et si la véritable folie consistait à se croire soi-même ?
Depuis des siècles, l’homme cherche à savoir qui il est. La philosophie l’a partagé entre le corps et l’esprit. Freud lui a découvert un inconscient. Lacan lui a tendu un miroir dans lequel il a cru reconnaître son visage, sans comprendre qu’il venait de se prendre pour un autre.
Les rois, eux, avaient inventé un étrange remède à cette illusion : le fou. Cet homme qui pouvait ridiculiser le souverain, lui renvoyer sa propre caricature et dire tout haut ce que personne n’osait penser.
Mais que se passe-t-il lorsque le pouvoir fait disparaître celui qui lui tend le miroir ?
Le fou du roi avait au moins cette sagesse : il savait qu’il jouait un rôle.
Le roi, lui, avait fini par l’oublier.

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Clinique lacanienne – Chapitre XLI — Le complexe d’Abel

Clinique lacanienne – Chapitre XLI — Le complexe d’Abel

Et si Caïn n’avait pas tué Abel parce que Dieu le préférait, mais parce qu’Abel n’avait pas besoin de cette préférence ?
Depuis toujours, nous racontons l’histoire du premier meurtre comme celle d’une jalousie fraternelle. Mais nous avons oublié de poser la question essentielle : d’où venait l’assurance d’Abel ?
Et si certains hommes avaient reçu de l’amour maternel cette force singulière qui les dispense de mendier leur existence dans le regard de l’Autre ?
Freud, le « Sigi en or » de sa mère, y avait peut-être puisé l’audace du conquistador.
Caïn, lui, exigeait de Dieu une reconnaissance que son frère semblait ne jamais avoir eu besoin de réclamer.
Et si le premier meurtre de l’humanité n’était pas né de la haine, mais de l’insupportable spectacle d’un homme qui ne doutait pas d’être aimé ?

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Clinique lacanienne – Chapitre XL — L’homme est incurable

Clinique lacanienne – Chapitre XL — L’homme est incurable

L’homme est incurable. Et si c’était sa dernière chance ?
Copernic l’a chassé du centre de l’Univers. Darwin l’a détrôné du règne des espèces. Freud l’a dépossédé de sa propre maison. Lacan lui a même retiré la maîtrise de sa parole.
Depuis, l’homme n’a qu’une obsession : reprendre ce qu’il a perdu. Et la science s’emploie à lui promettre la reconquête de son paradis.
Mais la psychanalyse ose cette insolence : il existe deux maladies dont l’humanité ne guérira jamais, l’amour et la mort.
Éros et Thanatos. Deux impossibles contre lesquels viennent se fracasser toutes nos promesses de toute-puissance.
Et si la véritable maladie de l’homme n’était pas d’être incurable, mais de s’obstiner à vouloir guérir de la vie ?

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Clinique lacanienne – Chapitre XXXIX — L’inconscient n’a pas besoin de fidèles

Clinique lacanienne – Chapitre XXXIX — L’inconscient n’a pas besoin de fidèles

La science doute. La religion croit. Et la psychanalyse ? Freud voulait en faire une science, surtout pas une Église. Car on peut ne pas croire à l’inconscient. Cela ne l’empêchera ni de rêver, ni de répéter, ni de faire un lapsus. **L’inconscient n’a pas besoin de fidèles pour faire son travail.** Le danger commence lorsque la psychanalyse ne doute plus d’elle-même.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXXVIII — À qui appartient une œuvre ?

Clinique lacanienne – Chapitre XXXVIII — À qui appartient une œuvre ?

Un auteur croit écrire un livre. Puis le livre lui échappe.
Dumas travaillait avec Maquet, on a cherché Corneille derrière Molière, d’autres derrière Shakespeare, et nous ne savons même pas exactement qui fut Homère. La psychanalyse ajoute une difficulté : nous ne sommes déjà pas maîtres de ce que nous disons. Pourquoi le serions-nous davantage de ce que nous écrivons ?
Une œuvre commence peut-être vraiment lorsqu’elle cesse d’appartenir à son auteur.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXXVII — La vie me doit quelque chose

Clinique lacanienne – Chapitre XXXVII — La vie me doit quelque chose

Il fut un temps où l’homme se croyait débiteur de l’Autre. Aujourd’hui, il lui présente la facture.
Une enfance malheureuse, un corps décevant, un amour perdu, une injustice : la souffrance devient parfois créance. Freud appelait ces sujets « les exceptions ». Ils ne disent plus seulement : j’ai souffert, mais : la vie me doit quelque chose. Et si notre époque était précisément celle de ce renversement : moins coupables, moins débiteurs, mais toujours davantage créanciers ?

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Clinique lacanienne – Chapitre XXXVI — Ce qui nous sépare de la mère

Clinique lacanienne – Chapitre XXXVI — Ce qui nous sépare de la mère

On croit que la phobie protège du danger. Elle fait parfois bien davantage : elle construit le danger pour rendre le monde supportable. Un cheval, une foule, un ascenseur, une rue deviennent alors le prix à payer pour tenir à distance une angoisse beaucoup plus ancienne. Mais à mesure que la peur protège, l’espace se rétrécit. Jusqu’à cette étrange contradiction : vouloir toujours davantage de territoire parce qu’on n’a bientôt plus assez de place pour vivre. Freud appelait la névrose une défense. Peut-être faut-il aujourd’hui regarder ce dont nos phobies nous défendent.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXXV — Psychanalyse : une psychothérapie ?

Clinique lacanienne – Chapitre XXXV — Psychanalyse : une psychothérapie ?

Tout thérapeute veut le bien de celui qui vient le consulter. C’est là que les ennuis commencent. Car le patient n’apporte jamais seulement un symptôme : il apporte aussi une demande, une attente, parfois la conviction que celui auquel il s’adresse sait ce qui lui arrive et comment l’en délivrer. Freud donna un nom à cette matière explosive : le transfert. Dès lors, soigner ne consiste plus seulement à savoir quoi faire, mais à savoir ce que l’on fait du pouvoir que l’autre nous prête. Freud se méfiait du médecin trop sûr de guérir ; Lacan demandera à l’analyste d’occuper la place qu’on lui donne sans jamais la prendre pour sienne. La psychanalyse est-elle une psychothérapie ? Peut-être. À cette différence près : elle demande au thérapeute de travailler à perdre le pouvoir qui l’a rendu possible.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXXIV – Névrose de transfert, névrose de caractère

Clinique lacanienne – Chapitre XXXIV – Névrose de transfert, névrose de caractère

« Je suis comme ça. » Il fut un temps où cette phrase ressemblait à un aveu ; elle tient aujourd’hui presque lieu de manifeste. Colère, brutalité, suffisance : ce que la civilisation demandait autrefois de refouler ou de sublimer devient caractère, style, identité. Mais à mesure que chacun revendique sa singularité, une autre passion prospère : mesurer, classer, distinguer la bonne pièce de la mauvaise. De Socrate à Freud, de l’Œdipe à la phobie, de Judas aux douze pièces de Lacan, une même question traverse la scène : que devient une société lorsqu’elle exige à la fois que chacun soit absolument lui-même et qu’aucun ne sorte de la mesure ? Au bout du compte, il reste une balance. Et quelqu’un qu’il faudra bien désigner comme la mauvaise pièce.

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Clinique lacanienne – Chapitre XXXIII – Les histoires d’amour finissent mal en général

Clinique lacanienne – Chapitre XXXIII – Les histoires d’amour finissent mal en général

On n’apprend pas à aimer. On tombe amoureux.
Le théâtre, les romans et le cinéma nous ont plutôt appris à reconnaître les signes du désir. Alors, quand le désir s’éteint, l’obsessionnel croit que l’amour est mort ; l’hystérique, elle, rallume la scène pour vérifier qu’il existe encore.
Mais l’amour ne se confond pas avec ses effets spéciaux.
Pourquoi un chagrin d’amour peut-il survivre si longtemps à celui ou celle que l’on a perdu ?
Parce que l’autre ne part jamais seul.
Il emporte avec lui celui que nous étions dans son désir.
Les histoires d’amour finissent mal en général.
Peut-être surtout parce qu’elles ne finissent jamais tout à fait.

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“Voilà la grande erreur de toujours : s’imaginer que les êtres pensent ce qu’ils disent”

Jacques Lacan