Liste des contributions des membres d’Essaim freudien.
Les contributions
L’homme, cet animal qui rêve sa honte
Ce qui distingue l’homme de l’animal — disait-on autrefois — c’est le langage.
Mais il suffit d’ouvrir un traité d’éthologie pour en douter. Les animaux communiquent, s’organisent, préviennent, séduisent, transmettent. Ils inventent même parfois des formes de culture : chants appris, gestes de séduction, rituels de mort.
Non, la frontière ne passe pas par le langage.
Ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est le raté du langage : la béance qu’il ouvre, la perte qu’il engendre.
Là où l’animal agit, l’homme désire.
Et c’est ce désajustement, cette faille du vivant, que Freud nomme pulsion.
Le meurtre nécessaire
Il n’y a pas de civilisation sans meurtre.
Non pas celui du corps, mais celui du père symbolique — celui qui nous habite, nous ordonne, nous écrase parfois de son amour.
S’il n’est pas tué, le monde reste une crèche : le désir y végète dans la ouate du familial, sans loi, sans verticalité, sans phallus.
Le verbe et la peau
Lacan m’a ouvert les yeux :
toutes nos pathologies sont des chants d’amour refermés sur eux-mêmes.
Des boucles autoérotiques où le désir tourne, s’enroule, s’étouffe.
L’homme est une planète sans soleil,
en orbite autour de sa propre chair.
Un tout petit acte d’amour
Pour parler, il faut d’abord aimer. Et pour aimer, il faut avoir été blessé par l’amour : c’est là la condition même de l’humain.
Le corps contre le signifiant
Lacan a déplacé la psychanalyse du corps vers le langage, du sexuel vers le signifiant. Ce déplacement, d’une fécondité théorique immense, a aussi produit une désincarnation du désir. En relisant Freud à rebours de cette spiritualisation du discours, cet article plaide pour un retour du sexuel comme fondement éthique de la psychanalyse : non pas un retour au biologique, mais au corps parlant, à la pulsion comme vérité du sujet.
La destitution du Moi ou la confusion de l’Ego
Freud avait conçu le Moi comme une instance d’articulation et de liaison : entre les exigences pulsionnelles du Ça, les impératifs du Surmoi, et les contraintes du principe de réalité. Le Moi n’est pas une entité stable, mais un champ de tensions. Sa fonction n’est pas de dominer mais de médiatiser. Il tient de l’équilibriste : pris entre l’excès de la pulsion et la sévérité du commandement, il cherche à maintenir un ordre possible de la vie psychique, toujours menacé de rupture.
La Babel contemporaine : Freud face à notre modernité
« Dans l’inconscient, il n’y a pas de négation », disait Freud. Mais il faudrait ajouter : il n’y a pas davantage de différence sexuelle. L’Adam et la Dame s’y confondent dans une boue primitive, chaos indistinct où rien ne se sépare. Seul l’Œdipe tranche : le père, lame symbolique, ouvre la coupure d’où naît la civilisation. Sans ce refoulement — celui du non-rapport sexuel — pas de loi, pas de langage, pas de société. Mais cette séparation n’est jamais achevée. Elle n’installe pas une vérité, elle installe un manque. Voilà pourquoi la différence sexuelle ne sera jamais absolue : elle vacille, elle bégaie, elle hante. Nos modernes identités « fluides » ne font qu’exhiber ce reste indécidable, ce refoulé qui revient en carnaval. On croit abolir le sexe : on ne fait qu’en rejouer l’impossible.
Le bloc-notes magique à l’ère de la saturation
En 1925, Freud s’arrête sur un objet dérisoire : un jouet d’enfant, le bloc-notes magique. Une feuille de celluloïd posée sur une pellicule de cire : on trace un signe, il apparaît ; on soulève la feuille, il s’efface. Mais pas vraiment : l’empreinte demeure, gravée en profondeur, invisible mais indélébile.
Quand l’oubli de nom fait acte*
Nous avons tous connu cette étrange expérience : chercher un nom… et ne pas le trouver.
On le sent, il est là, prêt à surgir, sur le bout de la langue, et pourtant il s’efface, comme aspiré dans un trou.
On croit à une distraction, à une panne sans conséquence. Mais ce minuscule accroc est redoutable : il fissure l’illusion que nous entretenons sur nous-mêmes, celle de fonctionner comme des êtres rationnels, réguliers, ordonnés, comme des horloges bien réglées.
Le scandale freudien : « Ainsi parla ton maître… »
La science, contrairement à ce qu’on imagine souvent, ne se détourne pas des corps : elle cherche à s’en emparer. « Donner son corps à la science » n’est pas seulement une formule : c’est l’horizon où la médecine, la biologie et même la psychologie placent l’individu. La religion, au moins, ne réclamait que nos âmes. La science, elle, exige la totalité : chair, organes, cerveau, comportements. Ce déplacement n’est pas neutre. Là où la religion promettait le salut au prix d’un renoncement, la science installe une capture plus subtile, puisqu’elle s’annonce sous les traits du progrès et de la rationalité.
“Tout rêve est réalisation de désir.”
Sigmund Freud









