Liste des contributions des membres d’Essaim freudien.
Les contributions
Le silence des chiffres et la régularité du désastre
Dans l’expérience quotidienne, chacun se vit comme un être singulier. Singulier dans ses choix, dans ses désirs, dans ses errements. La psychanalyse, en ce sens, ne traite jamais que du cas par cas : elle ne connaît ni normes, ni groupes, ni classes — elle accueille un sujet à chaque fois inédit, traversé de symptômes qui ne relèvent d’aucune moyenne. Et pourtant, ce même sujet entre malgré lui dans des régularités collectives qui défient toute prétention à la liberté : régularités de comportement, d’achat, de vote, de sexualité, de maladie, de décès.
Les structures pas si élémentaires de la parenté
Dans une interview récente, une psychanalyste se réclamant de Lacan, et dont je ne citerai pas le nom, rappelle au journaliste ce que sont les « structures élémentaires de la parenté ». Mais ces structures sont-elles si élémentaires qu’on le prétend ? La référence à l’œuvre de Claude Lévi-Strauss, notamment dans Les structures élémentaires de la parenté (1949), a souvent conduit à cristalliser la parenté dans un modèle universel de l’interdit de l’inceste et de l’échange des femmes. Mais Freud, dans une lecture plus clinique que structuraliste, montre que ces structures dites élémentaires sont traversées par le désir, le fantasme et le symptôme.
De Freud à Lacan : de la lettre au chiffre !
Lu dans le journal cette semaine :
« Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. »
Une phrase sèche. Dure. Un constat glaçant. Elle fait partie de ces formules que l’on entend régulièrement dans les médias, scandées comme un mantra de la conscience civique. Elle est proférée comme un cri — pour réveiller, pour alerter. Mais si l’on se demande ce qu’elle dit véritablement, on se rend compte qu’elle n’est pas si simple.
Le démenti de Lacan aux thèses de Freud : une logique paradoxale de la Verleugnung
Jacques Lacan a toujours affirmé faire retour à Freud, mais il serait plus précis de dire qu’il y revient comme on revient sur une scène de crime : sur les lieux, pour y relever les indices d’une vérité enfouie, dissimulée sous les couches du savoir institué.
Du déchet au sacré : l’ambivalence de la figure analytique
Il est des paradoxes fondateurs dans la clinique lacanienne, et celui-ci en est un : le saint, figure de salut et de transcendance, se fabrique toujours à partir du rebut. Ce n’est pas tant l’élévation qui fait le saint, mais bien l’abaissement. Le déchet — ce que Lacan nomme le reste, ce qui tombe de l’opération signifiante — devient l’étoffe du sacré.
C’est peine perdue pour votre auréole : le diable refusera toujours de se faire baptiser !
Kierkegaard nous prévient : si l’on comprend le christianisme, il n’y a plus de christianisme. Ce dernier est paradoxe. Il n’a de consistance que dans l’incompréhensible. Il en va de même pour la psychanalyse : dès lors qu’on croit la maîtriser, qu’on la réduit à une technique d’interprétation ou d’objectivation, elle disparaît comme expérience.
« Wo es war, soll Ich werden » : entre assomption cartésienne et division lacanienne du sujet
La célèbre formule freudienne « Wo es war, soll Ich werden » a suscité de nombreuses interprétations, souvent tributaires de la conception que l’on se fait du sujet en psychanalyse. À rebours de certaines lectures existantes, cet écrit soutient que Freud n’y appelle pas à l’avènement du sujet de l’inconscient mais à un renforcement défensif du Moi. C’est Lacan, en retravaillant cette formule, qui en subvertit le sens pour y loger l’instance du sujet barré, marqué par la coupure signifiante. Nous examinerons cet écart entre Freud et Lacan à partir des figures du je cartésien, du Moi freudien, et du sujet lacanien.
De Lacan aux maîtres stoïciens : la pratique de la coupure comme opérateur de style
Il arrive que certains gestes échappent aux catégories sous lesquelles on s’efforce de les ranger. Ainsi en va-t-il de la coupure lacanienne. Ce geste, qu’on croit souvent clinique, est avant tout un enseignement. Non pour transmettre un savoir, mais pour provoquer une séparation, par laquelle le sujet cesse de répéter et devient capable d’inventer un style propre — dans sa parole, dans son existence.
Du refoulement à ciel ouvert : figures cliniques d’une époque sans symptôme
Le désir, dans sa forme freudienne, ne vise pas à devenir le père, mais à tuer le père avant que celui-ci ne vous tue. Il ne s’agit pas d’assumer une place mais de survivre à celle qu’on vous impose. Or, dans notre modernité saturée de transparence, ce désir ne rencontre plus de résistance. Ce qui, hier encore, se déguisait sous les habits du symptôme se donne aujourd’hui sans fard, avec une franchise déroutante.
Du souffle poétique à la rigueur psychanalytique : entre présence et perte
« Le poète jouit de cet incomparable privilège d’être à sa guise lui-même et autrui », écrivait Baudelaire. Il y a, dans cette formule, toute l’ambiguïté d’une parole qui ne s’enracine pas uniquement dans le sujet, mais qui le déborde, le traverse, l’altère. Car à travers le poète — comme à travers le prophète — parle une voix qui vient d’ailleurs, une parole surgie d’un lieu Autre.
“Tout rêve est réalisation de désir.”
Sigmund Freud









